La Carpe Biologie et histoire - Dépendance Baits

Histoire et biologie de la carpe

Histoire et biologie de la carpe
 

Les êtres vivants sont classés en fonction de leurs parentés et de leurs principales caractéristiques (morphologie, anatomie...). On attribue la première classification à Aristote, il y a plus de 2300 ans. C’est le naturaliste suédois Carl Von Linné qui a fait universellement prévaloir, au milieu du XVIIIe siècle, la classification par genre et espèce dans les sciences naturelles. Pour la branche des poissons il a adopté la classification issue des recherches de Pierre Ardeti. Chaque poisson a donc un premier nom générique commençant par une majuscule et un second spécifique désignant l’espèce commençant par une minuscule : pour la carpe Cyprinus carpio.

L'origine

Les carpes sont originaires d’Asie, d’une zone allant du bassin de la Mer Noire aux provinces méridionales de la Chine. Kirpichnikov distingue quatre variétés géographiques :

 

Cyprinus carpio carpio : Asie Mineure et régions bordant la mer Noire (Caucase…)

 

Cyprinus carpio aralensis (Spiczakow,1935):Asie centrale, mer d’Aral 

 

Cyprinus carpio haematopterus (Temmick & Schlegel,1846): Chine, bassin du fleuve Amour, Japon 

 

Cyprinus carpio viridiviolaceus (Lacepède, 1803): nord Vietnam, Chine

Les variétés de carpes

Dans la classification, une espèce regroupe les individus qui se reproduisent naturellement entre eux. Les espèces sont décrites en s’appuyant sur les critères morphologiques : nombre de rayons des nageoires, nombre d’écailles le long de la ligne latérale... Pour la carpe on peut lire : D III-IV/15-22 ; A III/5-6 ; l.l. 33-40 ce qui signifie que la nageoire dorsale (D) comporte 3 ou 4 rayons durs et 15 à 22 rayons mous ou rameux, la nageoire anale (A) 3 rayons durs et 5 ou 6 mous, que le nombre d’écailles le long de la ligne latérale (l.l.) est compris dans une fourchette de 33 à 40. Cependant, même en poussant l’analyse en comptant le nombre de vertèbres (34 à 38), voire le nombre de chromosomes (49 à 52) il subsiste des variantes morphologiques au sein d’une même espèce. Pour la carpe il y a quelques 1500 variétés ou sous-espèces, souvent géographiques.

tableau 1 : exemple de variantes morphologiques (selon Kirpichnikov)

souche

Dorsale

Anale

Ventrales

Pelviennes

l.l.

sauvage

III/19 (21)

III/ 6

II/ 9

I/ 6

38

lausitz

III/20

III/ 5

II/ 8

I/ 7

37

L'écaillage

On distingue quatre grands types d’écaillage. Ces variations sont génétiques. Elles résultent des combinaisons possibles de deux gènes présents sur deux chromosomes différents, S (initiale de Scaly = à écaille) et N (pour Nude = nue) .

les carpes communes (SSnn et Ssnn)

C’est l’écaillage originel de la souche sauvage, à savoir un corps entièrement recouvert d’écailles cycloïdes impeccablement alignées.

les carpes miroirs (ssnn)

En Allemagne, Bohème, Tchécoslovaquie, l’élevage, le hasard des croisements ou les sélections font apparaître une nouvelle variété appelée Cyprinus Rexcyprinorum (Bloch, 1782) puis Cyprinus carpio specularis (Lacepède, 1803). Le corps des carpes miroirs est parsemé de façon assez aléatoire de quelques dizaines d’écailles. Parfois cette disposition est plus particulière comme pour les " tartes aux pommes " (fully-scaled en anglais) au corps entièrement recouvert de grosses écailles.

les carpes linéaires (SSNn et SsNn)

Les écailles sont concentrées le long de la ligne latérale sur une, voire deux rangées. Les scientifiques, pour des raisons génétiques, en font une variété à part entière alors que les pêcheurs les classent encore souvent avec les miroirs.

les carpes cuirs (SsNn)

Les Cyprinus nudus (Bloch,1784) puis Cyprinus carpio coriaceus (Lacepède, 1803) n’ont pas d’écaille, exceptées parfois deux ou trois à la base de la dorsale ou de la caudale.

Les formes

Un paramètre retenu pour classifier les variétés de carpes est le rapport entre la longueur et la hauteur de sont corps.

Tableau 2 : classification selon WALTER

carpes à dos plat

carpes à dos large

carpes à dos élevé

3< L/H <3.6

2.6< L/H <3

2< L/H <2.6

les carpes à dos plat ou large

Ce sont des variétés proches de la souche sauvage telles Cyprinus carpio carpio en Europe de l’est et Cyprinus carpio haematopterus en Asie de l’est. Les souches hongroises ou Autrichiennes Cyprinus carpio hungaricus (Heckel, 1836) ont par exemple un rapport L/H de 3.5 à 4. Cette particularité leur vaudra par la suite le nom de Cyprinus carpio elongatus (Walecki, 1863). On distingua même en Italie une forme encore plus longue au rapport supérieur à 4 : Cyprinus carpio régina (Bonaparte, 1836).

les carpes à dos élevé

Cyprinus carpio elatus (Bonaparte, 1836), à l’image de la race Aischgrund, a une tête courte suivie d’une nuque forte, bossue. La ligne du dos est arrondie et le ventre est plat à mi-arrondi. Les carpes du lac du DER en sont un exemple typique.

Tableau 3: souches et morphologie

souche

L/H

corps

var. écaillage

caudale

sauvage

3.5 à 4

long et peu large

commune

fourchue et lobes pointus

galicienne

2.5 à 3

haut et large

toutes

large et lobes arrondis

aischgrund

2

haut et bossu

miroir ou cuir

 

bohémienne

2

très haut et large

cuir

 


 

L'histoire de la carpe remonte à la nuit des temps. Elle commence pas très loin du pays des mille et une nuits, quelque part en Asie mineure, entre les régions bordant la mer Noire et les provinces méridionales de Chine. Puis, très certainement à la période post-glaciaire lorsque les bassins des grandes rivières (Rhin, Danube, Dniepr, Volga…) se réunissent, elle se propage à l’Europe centrale. La carpe partage depuis son histoire avec celle des hommes. Elle le suit du nord de la méditerranée jusqu'au pays du soleil levant, empruntant ou laissant au passage un peu à la mythologie avant de se lancer à la conquête de l’ouest à l’ère du christianisme.


 

Quelle est la part du mythe et celle de la réalité? Peu importe, car c’est aussi ça la part du rêve.

On sait que les Chinois élèvent les carpes depuis longtemps. Fan Li écrit en 475 av. J.-C. que depuis 2689 avant notre ère l’élevage des carpes est associé en Chine à celui des vers à soie, les premières se nourrissant des déjections des seconds. Cette technique quelque peu modifiée à encore cours de nos jours en Chine puisque les effluents des porcheries sont directement déversés dans les étangs pour rentrer dans la chaîne alimentaire. Les techniques évoquées par Fan Li ont donc survécu au temps et correspondent à une certaine réalité scientifique. Certains autres passages sont plus difficiles à comprendre. Il conseilla par exemple la technique suivante au Roi Wei du Royaume de Qi : au mois de février empoissonner un étang comportant 9 îles et 8 vallées (????) avec 20 carpes pleines d’œufs et 4 mâles, au mois d’avril introduire une tortue (????), deux au mois de juin et enfin 3 en août… Pourquoi des tortues ? Fan Li raconte que lorsqu’il y a 360 poissons dans l’étang le dragon vient les chercher, mais que s’il y a des tortues, ils ne s’envoleront pas. Un conseil tout de même à ceux qui comprendraient de travers et qui seraient aussi tentés d’introduire des tortues : vérifiez avant de quel côté est la tête…

Un autre mythe est né dans la vallée du fleuve Jaune (Huang he), berceau de la civilisation Chinoise. Les carpes, seuls poissons capables d’en remonter les chutes symbolisaient force et puissance. La légende raconte que les plus puissantes, celles qui arrivaient effectivement à remonter les cascades du fleuve tumultueux, se transformaient alors en dragon. A ce titre le grand philosophe chinois Confucius (v.555-v.479 av. J.-C.) reçu à la naissance de son fils, une carpe en cadeau du roi Shoko de Ro. L'origine du nom que Confucius aurait donné à son fils (K'ung Li) viendrait de là…

Les koïs (" carpes " en japonais) descendent de cette variété de carpe commune noire élevée en Chine et en Asie orientale bien avant le début de notre ère par Fan Li : la carpe Magoï. différents ouvrages sur les koïs s’accordent à dire que le premier écrit à relater des variations grises et rouges serait le traité chinois " Yogyokyo ". Là où les avis divergent c’est que les uns le date de 533 avant J.-C. et les autres de 533 après J.-C.. Ce qui est plus sûr c’est que la carpe Magoï arrivera au Japon avec les invasions chinoises (vers 200 avant J.-C.). Etre propriétaire de koï restera longtemps l’apanage de la noblesse japonaise, le peuple se contentant tout bonnement de la grande majorité moins colorée… comme complément du riz. On retrouve en effet trace de l’élevage des carpes au XVIIe siècle dans le petit village de Yamakoshi go proche de Niigata sur la côte nord ouest d’Honshu. Les premières véritables mutations chromatiques rouge, blanche et jaune clair dateraient en fait du début du XIXe siècle alors que les croisements avec des carpes miroirs (apparue en Europe centrale vers la fin du XVIIIe siècle) donnent de nouvelles variétés vers 1910. Il existe actuellement 13 familles et plus de 100 variétés de colorations codifiées.

La peau

La peau de la carpe est formée de deux couches: l’épiderme (couche superficielle) et le derme (couche profonde).

L’épiderme contient les glandes génératrices de mucus. Ce lubrifiant favorise l’hydrodynamisme tout en isolant le poisson de l’eau et de ses agents infectieux. Il convient par conséquent de protéger au maximum ce mucus lors des manipulations, tout simplement en mouillant le tapis de réception par exemple et en arrosant le poisson plutôt que l’essuyer. L’épiderme recèle également les neuromastes, sorte de récepteurs sensoriels dont nous reparlerons par ailleurs.

Le derme, renferme les nerfs et les vaisseaux sanguins. Les écailles cycloïdes des carpes résultent d’une ossification du derme sous-jacent ou corion. Une très mince assise d’os repose sur une sorte de "contreplaqué" fait de fibrilles de collagène. Ces écailles, fines et souples, se chevauchent d’avant en arrière comme des tuiles (écaille vient d'ailleurs du germanique "skalja" : tuile). Elles grandissent en fonction de la nourriture disponible au rythme des saisons. Leur étude, la scalimétrie, permet d’estimer l’âge des poissons. Les cernes sombres (ou circuli) correspondent à une stabilité ou une perte de poids généralement due à une période froide (hivers) et les plus claires à un gain de poids (l’été). Une écaille sans strie, plus claire, masque une blessure passée, la perte d’une écaille qu’il a fallu remplacer au plus tôt. Sachant que certains poissons ne grossissent pas pendant plusieurs années, la scalimétrie peut parfois sous estimer l’âge des poissons étudiés.  Citons l'exemple de la célèbre " Clarissa ", commune de 20kg prise par Richard Walker en 1952, issue d’un peuplement en 1932 et morte au zoo de Londres en 1971 (donc à 39 ans). L’étude scalimétrique menée post mortem ne lui donnera que 14 ans ! En fait son poids avait chuté durant sa captivité de 20 à 11.700 kg, ce qui ne pouvait pas être lu sur ses écailles. Même si on pense que la longévité maximale peut atteindre 70 voire 80 ans ("Raspberry" avec ses 69 ans en 2001 était la plus vieille carpe connue de Grande Bretagne), une carpe de vingt ou trente ans n’en reste pas moins une vieille carpe qu’il convient de manipuler avec d’autant plus de précautions.

La coloration des poissons

Les carpes les plus colorées sont sans aucun doute les koïs, lointaines descendantes japonaises de carpes communes, obtenues à force de croisements et de sélections rigoureuses. Les mêmes pigments (jaunes, rouges, oranges, noirs ou blancs) sont contenus dans les chromatophores du derme des autres carpes. Les robes à dominante jaune-orangé sont dues à des pigments de nature caroténoïde d’origine alimentaire (xanthophores et érythrophores). Les peaux brunes, les plus courantes, contiennent de la mélanine (mélanophores) tandis que les peaux blanches ou argentées sont riches en cristaux de guanine (guanophores). Les carpes vivant sur des fonds sombres ont la partie dorsale plutôt brune et la partie ventrale claire. La teinte d’un même individu peut néanmoins varier (pour des raisons diverses et variées liées à la température par exemple) suite à la dispersion ou à la concentration de ces pigments dans les chromatophores et principalement dans les mélanophores.

Les muscles

La masse musculaire du poisson est liée au bilan azoté du régime alimentaire. Elle représente plus de 60% du poids corporel. Le muscle puise son énergie dans ses propres réserves de glycogène. Schématiquement, si l’apport fourni par le milieu (benthos, zooplancton, nourriture artificielle etc.) est juste suffisant pour satisfaire les besoins métaboliques, il n’y a ni perte ni prise de poids. Si l’apport est excédentaire il y a augmentation de la masse musculaire, dans le cas contraire il y a amaigrissement.

Le squelette

La carpe possède, comme quelques 20 750 autres espèces de poissons, un squelette dit osseux  par opposition au squelette cartilagineux des lamproies, esturgeons, raies et autres requins.


1- crâne ; 2 - premières vertèbres soudées entre elles - osselets de Weber ; 3 - corps des vertèbres formant la colonne ; 4 - éléments de soutien (ptérygophores) de la dorsale ; 5 - rayon dur denté de la dorsale ; 6, 8 - apophyses supérieure et inférieure des vertèbres ; 7 - nageoire caudale ; 9 - nageoire anale ; 10 - côtes ; 11- os soutenant les pelviennes ; 12 - os soutenant les pectorales ; 13 - opercules. (source "Poissons" aux éditions Gründ)

La carpe possède donc sept nageoires : une dorsale , deux pectorales reliées à la base du crâne, deux pelviennes en région ventrale, une anale  et une caudale de forme homocerque (deux lobes assez symétriques). De toutes, c’est essentiellement la caudale qui assume la fonction locomotrice. Les pectorales servent à freiner et à changer de direction voire à reculer. Les ventrales, la dorsale et l’anale concourent à maintenir l’équilibre vertical.

L'arrêt du développement des os du crâne est à l'origine de la malformation des carpes mopses.

La vessie natatoire

C’est une évagination, une protubérance du tube digestif (avec lequel elle reste liée chez les Cyprinidés). Elle joue un peu le même rôle que les ballasts des sous-marins en réglant la profondeur d’immersion en fonction du volume de gaz contenu. Les carpes possèdent l’équivalent de deux vessies natatoires. Celles des carpes proches de la souche sauvages sont de taille identique. Chez les autres la première vessie natatoire, située le plus près de l’œsophage, est deux à trois fois plus petite que la deuxième.

LE SYSTEME RESPIRATOIRE

Chez la majorité des poissons les branchies constituent l’organe de la respiration. La carpe avec ses huit branchies n’échappe pas à cette règle. Chacune est supportée par un os solide : l’arc branchial. Cet arc est affublé d’aspérités appelées branchiospines. Les branchiospines sont disposées en forme de peignes sur deux rangs, un interne, un externe, s’interpénétrant avec les branchiospines des arcs voisins. Un tel tamis sert à filtrer l’eau de ses impuretés protégeant ainsi les lamelles respiratoires. Les lamelles font passer l’oxygène dissout de l’eau vers le sang de ses vaisseaux capillaires et inversement rejettent le gaz carbonique et l’essentiel des déchets azotés sous forme d’ammoniac (5 à 10 fois plus que par les reins).

Le mécanisme de circulation de l’eau est on ne peut plus simple. Une fois la bouche ouverte, le plancher buccal s’affaisse et la cavité s’emplit d’eau. La bouche se referme, puis le plancher en se soulevant refoule l’eau vers les branchies. L’eau s’échappe enfin par les opercules (ouïes) et un nouveau cycle reprend.

La bouche

La présence d’un petit os (le kinéthmoïde) permet à la bouche de la carpe d’être protractile : ses lèvres avancent ce qui lui permet de ramasser, voire tester, les plus gros aliments. Pour les particules plus fines elle aspire un volume d’eau puis fait le tri en recrachant les composants indésirables (sable, gravier...). Elle peut aussi "peigner " l’eau avec ses branchiospines et en extraire les grandes formes de zooplancton (2 mm et plus).

En fonction de leur environnement (fonds et sources de nourriture disponibles), les carpes pourront avoir soit des lèvres très dures, soit au contraire des bouches moins charnues et plus fragiles. Cette particularité mérite d’être prise en compte dans le choix des hameçons, dans le poids des montages auto ferrant, et dans la tactique de combat entre autre ; dans un cas ce sera pour bien piquer dans les lèvres dures et dans l’autre pour éviter de décrocher (pour ne pas dire déchirer) des lèvres fragiles.

Les dents de la mémère

Si ses mâchoires sont édentées, la carpe possède en revanche au fond de la bouche, au niveau du pharynx, des dents formées par les os supportant les branchies.

Les communes et les miroirs ont trois rangées de dents. Le nombre de dents par rangée sur chaque os est généralement de 1-1-3 et plus rarement de 1-2-3. Les cuirs et les linéaires peuvent ne posséder que deux, voire une seule rangée de dents. Ces dents pharyngiennes ressemblent à des molaires et permettent de broyer les aliments les plus durs contre une lame cornée appelée "meule" ou "plaque masticatrice" placée en face vers le haut. A titre de comparaison, et pour relativiser la dureté d’un appât, une mâchoire humaine est sept fois moins puissante (une dizaine de kilo au cm2).

L'intestin

Aussi étonnant que cela puisse sembler, la carpe n’a pas morphologiquement parlant d’estomac, tout au plus un renflement appelé "bulbe". Tout son système digestif repose donc sur le travail d’un long intestin qui mesure de deux à trois fois la longueur du corps. De la bouche l’œsophage plonge donc tout droit dans l’intestin où se poursuit le voyage de votre boilie mastiquée en bouillie grossière. Les aliments sont d’abord attaqués par les enzymes pancréatiques dont le rôle est de recouper cette bouillie de macromolécules en fragments plus petits encore. Les enzymes intestinales prennent le relais en hydrolysant ces fragments de macromolécules, c’est à dire les dipeptides en acides aminés et en peptides (2 à 4 résidus), les disaccharides (maltose principalement) en glucose directement absorbable. Ces fines molécules peuvent alors passer à travers la paroi de l’intestin et se retrouver dans le sang à destination du foie. Les éléments nutritifs seront distribués à tout l’organisme. Quant aux éléments non assimilés restés dans l’intestin, ils se retrouveront au fond de l’eau... ou de votre sac de conservation. La durée de la digestion est très variable, elle peut durer selon l’aliment et la température de l’eau de 2h à 12h (20°c) voire même 48 heures (à 15°).

Le foie

Sous le vocable de foie nous regrouperons les tissus hépatiques (foie) et pancréatiques (pancréas) très liés chez la carpe.

Placé sur le trajet du sang provenant de l’intestin, le foie commande tout l’apport alimentaire des organes. Il doit délivrer un courant incessant d’énergie sous forme de glucose. Pour cela il métabolise, préférentiellement à partir d’acides aminés, du glycogène. Le glycogène constitue des réserves contenant jusqu’à 30 mille unités de glucose ! Le foie assure la synthèse des acides gras ainsi que le stockage des vitamines et des minéraux. Il joue un rôle important de détoxication (grâce à la bile) en éliminant beaucoup de déchets inutiles voire nuisibles.

Sous l’action du tissu pancréatique différentes enzymes (trypsine, chymotrypsine, lipase et à un degré moindre amylase) sont déversées en amont du bulbe, via un petit tuyau : le canal cholédoque. Ces enzymes sont d’autant plus efficaces que la température et le pH augmentent. L’activité optimum des enzymes tourne autour d’un pH de 8, ceci expliquant peut-être (en partie du moins) la présence de gros poissons dans les eaux basiques. De toute façon, dans tous les cas le foie contribue à l’augmentation du pH en déversant sa bile dans l’intestin.

Les reins

Les poissons osseux sont ammoniotèles, c’est à dire qu’ils éliminent l’azote sous forme d’ammoniaque (NH4+) et ce via les branchies (5 à 10 fois plus que par les reins). L’élimination des déchets métaboliques se fait au niveau des branchies (25%) ainsi que des organes excréteurs sensu stricto (75%). Un rein primitif (mésonéphros) est situé sous la colonne vertébrale, les déchets sont éliminés par l’uretère directement à l’extérieur (les carpes n’ont donc pas de vessie).

Le système sanguin

Le ventricule du cœur envoie le sang vers les branchies situées à proximité immédiate. Ainsi oxygéné et débarrassé du gaz carbonique, le sang est récupéré par l’aorte commune puis redistribué par des ramifications dans tout l’organisme. La tête est vascularisée de façon autonome par les carotides. En plus de ce rôle de transporteur d’oxygène, il livre également les différents éléments nutritifs aux organes avant de les débarrasser de leurs déchets. Le sang est à son tour épuré par les reins grâce à un enchevêtrement de vaisseaux capillaires et de petits canaux urinaires. Les reins se trouvent en partie dorsale. Le sang retourne à l’oreillette du cœur par le système veineux.

reproduction et croissance

Dans les régions tempérées les carpes sont matures entre deux et quatre ans.

L'ovogenèse

L’ovogenèse est directement et doublement liée à la température. Elle nécessite d’une part 1000 degrés jours pour la "fabrication" des œufs. D’autre part la température doit être stabilisée sur plusieurs jours à une vingtaine de degrés pour la maturation finale des œufs (110 degrés jours). Même si ces deux conditions peuvent être réunies en mars dans certaines régions, elles le sont plus fréquemment en mai-juin et peuvent parfois le rester plus longtemps occasionnant alors une deuxième voire une troisième fraye.

Les femelles produisent entre 100 000 et 250 000 œufs par kilo. Il arrive que tous les œufs, même matures, ne soient pas émis lors du frai. En règle générale cela a peu de conséquence et le reliquat est résorbé. Plus rarement il constitue un bouchon qui bloque toute nouvelle ponte. La prise de poids qui s’en suit est importante et peut atteindre 50% de la masse corporelle. Cette masse d’œufs peut s’avérer dangereuse voire mortelle pour la carpe. Soit l’intestin est compressé et le poisson meurt d’inanition, soit le ventre finit par éclater. Le fait que les œufs compriment l’intestin, même en situation normale, peut contribuer à expliquer le manque d’appétit de ces dames à l’approche du frai... et leur fringale après !

La spermatogenèse

Les spermatozoïdes sont formés dès l’automne et s’accumulent dans les deux lobules testiculaires jusqu’à la saison de la reproduction, voire plus. Appuyer (gentiment) sur l’abdomen d’une carpe peut donc se révéler comme un moyen de sexage quelle que soit la période.

La croissance

La croissance des carpes est variable selon la variété, le sujet et son environnement.

Au bout de trois à sept jours les alevins éclosent. A 3 ans leur poids oscille autour du kilogramme. La prise de poids annuelle varie, pour un sujet adulte, en fonction du milieu. Dans la nature c’est plutôt de l’ordre d’un demi kilo par an alors qu’en pisciculture les carpes peuvent prendre plus d’un kilo par an.

Le poids maximum tourne autour de la quarantaine de kilo: 37 kg pour la carpe prise par Marcel Rouvière dans l’Yonne en 1981, 37.3 kg pour celle prise en Roumanie par Christian Baldemair en 1998. Des poissons plus lourds encore auraient été pris : 38 kg en Hongrie en 1947, 40 kg à Calcutta en 1944, 40.5 kg en Bulgarie en 1987, 44 kg au filet en Bosnie…

le système nerveux

La plupart des comportements de la carpe sont des actes réflexes élémentaires, innés, ou des tropismes. D’autres comportements sont acquis par l’expérience à force d'actes répétitifs. Le cerveau de la carpe est loin d’être sur développé et si certains parlent d’intelligence, il semblerait plutôt que les carpes réagissent par mémoire associative, aussi bien en terme de bien être ou de mal être, de positif ou de négatif.

Le système nerveux est composé du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs.

Dans le cerveau antérieur ou télencéphale, se situent les lobes olfacto-gustatifs. Il porte la première paire de nerfs céphaliques, les nerfs olfactifs.

La section suivante est le diencéphale, siège du goût et de l’équilibre interne. Il est relié par l’hypophyse au système endocrinien.

Le cerveau moyen (ou mésencéphale) est constitué des lobes optiques reliés à la rétine et de plusieurs couches de neurones siège de la coordination.

Le cerveau postérieur est pour l’essentiel constitué du cervelet. Son rôle est principalement moteur (posture et locomotion). Il communique avec la moelle épinière.

La moelle épinière parcourt toute la longueur du corps. Elle véhicule les ordres moteurs et les informations sensorielles. C’est également le centre des réflexes.

Du cerveau et de la moelle épinière partent donc tous les nerfs.

Suivant les espèces, certains sens sont plus ou moins développés ce qui se caractérise au niveau du bulbe par des excroissances des régions sensorielles concernées. Chez les Cyprinidés, le bulbe comporte trois lobes correspondant à une sensibilité gustative très développée.

Le sens olfacto-gustatif

Les quatre barbillons de la carpe, une paire à la commissure des lèvres et une autre (plus longue) au-dessus de la bouche, sont destinés à faciliter la recherche et l’analyse des aliments. Ce sont, par analogie, des papilles gustatives. Les deux grands barbillons contiennent près de 8000 terminaisons nerveuses et les deux petits 3000. D’autres récepteurs sont situés sur les lèvres, les pores de la tête ainsi que dans la bouche et le pharynx. Enfin, deux membranes guident l’eau dans les cavités olfactives situées juste au-dessous des yeux.

La carpe baignant constamment dans les substances dissoutes transportées par l’eau peut donc ainsi en apprécier la sapidité (sucré, salé, acide et amer). Elle pourrait ainsi détecter le calcium dissout lors de la mue d’une écrevisse, elle est également sensible aux acides aminés libérés dans l’eau, au sel (180 fois plus que nous), au sucre (500 fois plus). Il est donc nullement utile, voire même déconseillé, de sur doser les additifs entrant dans les recettes de bouillettes d’une part et d’autre part de se fier à son nez pour choisir un parfum (ça sent quoi le sucre ?). 

L'ouïe et l'équilibre

L’oreille est un outil stato-accoustique : c’est à dire qu’elle sert à se situer dans l’espace et à " entendre ".

La partie supérieure sert au poisson à trouver son équilibre. De l’utricule partent trois canaux semi-circulaires perpendiculaires. Les extrémités des canaux s’élargissent et forment des sortes de "contacteurs à bille ". Les billes bougent sur des cellules sensorielles qui, reliées aux nerfs et au cerveau, indiquent au poisson sa position dans l’espace.

L’ouïe est servie par la partie ventrale de l’oreille (le saccule et la lagena). Les carpes perçoivent les sons entre 20 et 6000 Hz. Leur oreille "entend " aussi les vibrations du sol retransmises par l’eau. Les carpes (mais aussi les silures) ont la particularité de disposer d’une chaîne d’osselets, formée à partir des 4 et 5 premières vertèbres (dits osselets de Weber), qui relie la vessie natatoire antérieure au labyrinthe (extrémité de l’oreille). Les ondes ainsi captées par la vessie sont retransmises amplifiées une centaine de fois à l’oreille. On comprend peut-être mieux ainsi l’impact du clonck sur un silure ou celui d’une portière qui claque, sur un troupeau de carpe !

La carpe perçoit aussi via sa ligne latérale et sa vessie natatoire les variations de pression infimes. Les neuromastes de la ligne latérale participent à la perception des ondes et des moindres mouvements d ’eau. La carpe dispose en quelque sorte d’un "radar" très performant qui lui permet de ressentir son environnement, donc de s’y positionner. Elle peut par conséquent trouver son chemin dans le noir le plus obscure, voire sa pitance pour peu que celle-ci soit en mouvement.

Elle semble également sensible aux variations de la pression atmosphérique. Les chutes de pression annoncent et déclenchent, été comme hivers, des phases d’alimentation. De même des hautes pressions persistantes en période hivernale peuvent annoncer des périodes de gel et déclencher l’appétit des poissons, alors qu’en été un scénario identique est signe de chaleur, d’absence de vent donc d’eau peu oxygénée et de carpes au métabolisme réduit moins portées sur la nourriture.

 

La vue

Le cristallin de l’œil sert à faire converger les rayons lumineux d’un objet sur la rétine. Chez l’homme le cristallin peut se déformer pour accommoder l’image de 15cm à 60m. Chez la carpe le cristallin à la forme d’une bille indéformable. Certains auteurs ont dit la carpe myope (mauvaise vision de loin due à une image formée devant la rétine) alors qu’elle serait plutôt hypermétrope (mauvaise vision de près avec une image formée derrière la rétine). Elle pourrait en fait voir à une dizaine de mètres si l’eau était suffisamment limpide. Le cristallin sphérique qui fait saillie permet à la carpe d’avoir un champ de vision d’environ 180° par œil. Ces deux champs visuels se recoupant, elle a une vision en relief sur 20 ou 30° devant elle. Son œil est motorisé par trois paires de muscles. Lorsqu’elle regarde vers le haut elle voit dans un cône d’environ 50° de part et d’autre de la verticale.

Les cellules photosensibles de la rétine (cônes et bâtonnets) transforment ensuite les grains de lumière en influx nerveux. C’est finalement le cerveau (Tectum opticum) qui traite cette information, qui décode et construit l’image.

La forme du cristallin permet aussi de capter le maximum de lumière et si la vision des carpes semble bien adaptée aux faibles luminosités, elles n’ont cependant pas comme nous la possibilité de s’adapter à l’intensité lumineuse en jouant avec l’ouverture des pupilles. Une trop forte luminosité, ou une trop longue exposition peut fatiguer les cellules visuelles. Ceci expliquant peut-être cela, mieux vaut limiter au minimum indispensable l’usage de la lampe frontale pour faciliter la mise à l’épuisette. De même, le simple fait de cacher les yeux d’une prise limite les soubresauts dangereux sur le matelas de réception. Dans une semi-obscurité les bâtonnets, surtout sensibles à la lumière bleu-vert, sont les seuls à pouvoir fonctionner et alors qu’il devient très difficile voire impossible de différencier les couleurs, les variations de luminosité sont encore décelables.

Tout comme la lumière, les couleurs diminuent donc avec la profondeur (en fonction de la turbidité de l’eau). Ainsi le rouge faiblit vers 4 m pour devenir marron vers 7 m, le jaune devient verdâtre au-delà de 10 m et le vert vire au bleu, seule couleur qui subsiste à 60 m, c’est du moins la perception que nous en avons. Aussi, même si les carpes peuvent avoir une vision différente de la notre, la présence de cônes au niveau de leur rétine laissent à penser qu’elles peuvent voir en couleur (bleu violet, vert, rouge). Certains prétendent qu’elles verraient aussi dans l’infra rouge. Diverses expériences (faites par Hewit, Dimentman et Karas en 1972, et Yakimenko en 1975) sont venues affirmer qu’elles distinguaient bien les couleurs et leurs nuances (opposition clair foncé), et qu’elles pouvaient même les associer à un événement heureux ou malheureux.

Suivant le contexte il est donc envisageable de susciter l’extrême curiosité des carpes en proposant un appât contrastant totalement avec le fond. Pêcher selon ce principe avec une bouillette fortement colorée (jaune ou blanc), qui plus est décollée, peut s’avérer productif. A l’inverse, on peut espérer déjouer leur méfiance en proposant une bouillette à la couleur moins tapageuse (vert, marron voire carrément noir).

 

Quelques connaissances en sitiologie, biologie et biochimie s’avèrent nécessaires si on veut essayer de s’y retrouver dans la foultitude de recettes et d’ingrédients qui nous sont proposés. C’est du moins la démarche que je vous propose de suivre dans ce chapitre. Avant d’essayer de vous éclairer sur les principaux composants pouvant entrer dans nos bouillettes, ainsi que sur leurs effets nutritifs, je tiens à préciser que tout ce qui va suivre n’est qu’une synthèse de ce que l’on peut lire sur le sujet mais que tout n’est pas pour autant garanti " 100% pur beurre "... 

Les chimistes ont montré que parmi les constituants organiques de toute vie, quatre éléments chimiques représentaient à eux seuls environ 95 % du poids sec. Ce sont le carbone (C), l’hydrogène (H), l’oxygène (O) et l’azote (N). Combinés entre eux ils donnent les protides, les lipides et les glucides. Nous allons voir comment ces corps organiques présents en quantité variée dans l’alimentation de la carpe, lui permettent d’approvisionner en énergie ses différents organes ou lui fournissent les éléments nécessaires à sa croissance et à son bon métabolisme.

Les protides sont caractérisés par la présence d’azote. Les plus connus sont les acides aminés et les protéines.

Tout protide est en fait à la base constitué d’acides aminés. Un acide aminé c’est, comme son nom l’indique, une fonction acide (-COOH) et une fonction amine (-NH2) accrochées sur une chaîne carbonée. L’existence des deux fonctions lui offre la possibilité de se comporter soit en acide, soit en base. Chaque acide aminé est caractérisé par un pH isoélectrique (pHi) qui correspond à sa neutralité. Placé dans une eau d’un pH supérieur au pHi l’acide aminé se comporte en acide, dans le cas contraire il se comporte en base. Les acides aminés sont hydrosolubles, la solubilité étant toutefois minimale lorsque le pHi est égal au pH de l’eau.

Les acides aminés se combinant deux à deux donnent les dipeptides. La réaction peut se poursuivre pour ensuite donner des polypeptides puis des protéines. Les protéines sont jusqu’à 100 000 fois plus grosses que les polypeptides :

synthèse des protéines :
acides aminés -> dipeptides -> polypeptides -> protéines

Les protéines peuvent n’être composées que d’acides aminés comme dans le cas de la lactalbumine du lait, l’ovalbumine de l’œuf, les glutélines des farines de céréales. Elles peuvent également contenir en plus certains autres composants comme le phosphore pour la caséine du lait ou le fer pour l’hémoglobine du sang.

Tableau 1: Quelques protéines et où les trouver

protéine

source

lactalbumine

lait

caséine

lait

ovalbumine

œuf

glutélines

céréales

hémoglobine

sang

Inversement, les acides aminés et polypeptides peuvent être obtenus par hydrolyse des protéines soit par l’action d’un acide à chaud sur des protéines végétales (hydrolysats de protéines végétales obtenus à partir de gluten de blé ou de maïs, ou encore de farine de soja dégraissée), soit encore par hydrolyse ou par salaison de protéines de poisson (sauce Nuoc Mam).

hydrolyse des protéines :
protéines -> polypeptides -> acides aminés

Les protéines consommées par les carpes sont le point de départ de la production de matière vivante, que ce soit dans le cadre de la cicatrisation, de la prise de poids, ou de la croissance par exemple. La première étape se situe au niveau de l’intestin et consiste en une hydrolyse des liaisons peptidiques qui donnera de petits peptides et surtout des acides aminés. Cette hydrolyse est rendue possible grâce aux enzymes pancréatiques (voir le systeme digestif). L’absorption intestinale suit : les acides aminés passent dans la muqueuse intestinale puis dans le sang à destination des différents organes via le foie.

digestion (hydrolyse enzymatique)
nourriture -> protéines -> acides aminés

croissance de la carpe (synthèse protéinique)
acides aminés -> protéines -> matière vivante

Les protides dans l’alimentation des carpes :

La carpe a des besoins en protéine quantitativement importants, quoique variables en fonction de son âge et de la saison. Les scientifiques donnent une fourchette de dix à trente grammes par jour et par kilo de poids corporel (soit 10 à 30 fois plus que l’homme !). Une carpe doit pouvoir disposer dans son alimentation de 31 à 38% de protéines. Cependant toutes ne sont pas digérées et assimilées de la même façon en fonction de leur origine. Des coefficients d’utilisation digestive (tableau 2) déterminent la digestibilité d’un aliment. L’adjonction d’acides aminés dans un aliment, nous allons le voir plus loin, peut en augmenter la valeur. Globalement, plus la composition en acides aminés d’un aliment se rapproche de la composition des tissus, plus son coefficient d’utilisation digestive est élevé, plus il est " rentable " pour l’organisme.

Tableau 2 : quelques coefficients d’utilisation digestive (CUD)

farine

% protéine

CUD

Gluten de blé

80 %

40 %

Farine de blé

12 %

52 %

farine de maïs

15 %

61 %

farine de riz

9 %

64 %

flocons de pomme de terre

7 %

73 %

farine de soja gras

40 %

73 %

germes de blé

30 %

74 %

farine de viande

65 %

74 %

farine de poisson

65 %

76 %

isolat de soja

80 %

81 %

albumine d’œuf

85 %

94 %

Parmi la vingtaine d’acides aminés nécessaires à la vie, dix ne sont pas synthétisables par l’organisme (voir liste du tableau 3). La carpe doit donc les trouver dans son alimentation. Il peut sembler judicieux d’associer dans nos recettes des farines complémentaires en acides aminés pour proposer des appâts équilibrés (soja riche en lysine + céréales...). Même si cette voie peut être explorée elle reste assez théorique, car on peut difficilement faire suivre un régime nutritionnel aux carpes, hormis peut-être en pisciculture, ou dans des plans d’eau pauvres en nourriture naturelle (pH<7).

Tableau 3 : les acides aminés essentiels

Acides aminés

pHi

besoins en %

leucine

6

4.7

isoleucine

6.02

3.0

thréonine

6.16

4.2

lysine

9.74

6.0

arginine

10.76

4.4

méthionine (+cystine)

5.75

3.5

valine

5.97

8.2

phénylalanine (+tyrosine)

5.53

8.2

tryptophane

5.89

0.8

histidine

7.58

2.4

Retenons simplement que le bilan azoté des protéines animales (farine de poisson essentiellement depuis que celles de viande sont interdites à la vente) est meilleur que celui des protéines végétales déficitaires en lysine (céréales) ou en méthionine (légumineuses). Signalons aussi que l’œuf (8 à 10 g de protéine) s’affirme comme l’aliment offrant le meilleur équilibre et que les protéines de soja font partie des protéines végétales les moins équilibrées. On peut améliorer cet équilibre en acides aminés par l’adjonction des hydrolysats déjà cités (extraits de protéines de poisson solubles ou de foie, levures...). Il existe aussi dans le commerce des concentrés d’acides aminés qui suivant les marques s’appellent Ambio, Amino attract, Bigamino, Carpmino, Extramino, Multimino, Nutramino, etc.

En plus d'être digestes, l’INRA avance que les acides aminés ont un stimuli olfacto-gustatif leur conférant un rôle d’attractant et d’appétant : " En effet chez le poisson, ils constituent des stimuli olfactifs et gustatifs qui augmentent l’appétit et la recherche de nourriture. En leur présence les animaux sont capables d’ingérer des rations plus importantes ". Le beurre et l'argent du beurre en quelque sorte...


Les Lipides

Le beurre, les graisses, les huiles, sont des corps constitués de lipides. Les lipides résultent elles de la combinaison d’acides gras et d’alcools (glycérol ou stérols).

Les acides gras, base de tout lipide :

On appelle acides gras les acides contenant au moins 4 carbones. En fonction de la structure de leur chaîne carbonée, certains sont rectilignes, droits comme des " i  ", tandis que d’autres sont d’allure bouclée, courbée.
Les premiers, sont les acides gras saturés. Lorsqu’ils sont regroupés, ils restent serrés à plat les uns contre les autres et donnent une consistance solide aux matières telles les graisses animales, les margarines ou encore le beurre. Parmi les plus connus des acides gras saturés citons les acides palmitique et stéarique.
Les seconds, les acides gras insaturés, occupent un espace plus large et ne peuvent pas se serrer les uns contre les autres. Ils sont d’autant plus fluides qu’ils sont longs et poly insaturés. Quand ils n’ont qu’une courbure, ce sont des acides gras mono insaturés (comme ceux contenus dans l’huile d’olive ou l’huile d’arachide); quand ils ont plusieurs courbures, ce sont des acides gras poly insaturés (huiles végétales et huiles de poisson). Les acides gras poly insaturés que l’organisme n’est pas capable de fabriquer sont appelés acides gras poly insaturés essentiels. On distingue, en fonction de la position des courbures évoquées, la famille des oméga 3 (acide alpha linolénique) de celle des oméga 6 (acide linoléique et gamma linolénique). Les deux participent à l’amélioration de la fluidité des membranes cellulaires. Les huiles de poissons sont particulièrement riches en acides gras poly insaturés essentiels à très longue chaînes de la famille des oméga 3 (dont EPA, avec 20 carbones et 5 courbures; et DHA avec 22 carbones et 6 courbures).

Tableau 4 : composition en acides gras des huiles

Huiles

acides gras

poly insaturés

mono insaturés

saturés

olive

10%

75%

15%

arachide

25%

55%

20%

colza

30%

60%

10%

maïs, soja, pépin raisin

60%

25%

15%

tournesol

65%

23%

12%

Les glycérides, combinaison de glycérol et d’acide gras :

Une molécule de glycérol possédant trois fonctions alcool peut réagir avec une, deux, voire trois molécules d’acide. On parle alors de mono glycéride, de di glycéride ou de tri glycéride (ou triacylglycérols).
La différence entre les glycérides provient donc essentiellement de l’acide qui entre dans sa composition: l’acide palmitique donne de la palmitine, l’acide stéarique donne de la stéarine et l’acide oléique donne de l’oléine.
Les glycérides se côtoient dans les corps gras: l’huile d’olive est un mélange de palmitine et d’oléine. La graisse animale contient de l’oléine et de la stéarine. Comme tous les lipides, les glycérides sont insolubles dans l’eau. Ils sont par contre solubles dans les solvants organiques.

Les stérides :

Les acides gras combinés avec les stérols donne les stérides dont l’exemple le plus connu est le cholestérol.

Les lipides complexes :

Par opposition aux lipides simples (glycérides et stérides) qui sont formés uniquement d’acides gras et d’alcools, les lipides complexes contiennent en plus du phosphore, voire de l’azote. On parle alors respectivement de phospholipides et de phospho-aminolipides. Citons la lécithine du jaune d’œuf, du pollen ou du soja, et la myéline du système nerveux. Les membranes cellulaires sont constituées d’une double couche de phospholipides qui facilitent les échanges avec l’extérieur : les éléments nutritifs et l’oxygène transportés par le sang pénètrent dans la cellule qui en contrepartie rejette ses déchets.

Les lipides dans l’alimentation des carpes :

La carpe ne peut pas synthétiser les acides gras qui entrent dans la composition des phospholipides membranaires, elle doit donc les trouver dans son alimentation. Ce sont ces acides gras poly insaturés essentiels qui assurent le bon fonctionnement des membranes cellulaires. Citons l’acide linolénique (1% de la ration) qu'on trouvera principalement dans les huiles de poisson (saumon, hareng...) et dans certaines graines (bird food) mais aussi dans les huiles de colza et de soja et l’acide linoléique (1% de la ration également).
Une carence en acides gras essentiels peut entraîner une dégénérescence hépatique.
Les acides gras poly insaturés ont un excellent taux d’assimilation lorsqu’ils sont assimilés sous forme de triglycérides ou d’acides gras libres (de 90 à 98%). Utilisés comme " carburant " les lipides apportent deux fois plus d’énergie que les protéines ou les glucides. La fraction lipidique ne doit toutefois pas excéder 7% pour les uns (un excès pouvant s’avérer néfaste pour la santé de la carpe, voire mortel), d’autres proposent une fourchette de 15 à 25% (18% pour l’INRA et IFREMER), ce qui se rapprocherait plus de la composition de la microfaune aquatique (2 à 30% de la matière sèche). En fait l’aptitude à digérer de grandes quantités de lipides n’a que peu été étudiée, si ce n’est chez le turbo et la truite (respectivement 15 et 30%).

Les glucides

Les glucides, également appelés carbohydrates ou hydrates de carbone, sont des molécules composées de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Elles se caractérisent par la présence de plusieurs fonctions alcool et d’une ou plusieurs fonctions aldéhyde ou cétone. Les glucides entrent pour une part importante dans la constitution chimique des êtres vivants et en particulier des végétaux. Les glucides sont divisés en deux groupes: les oses et les osides.

Les oses

Ce sont parmi les glucides ceux qui ont la plus petite chaîne carbonée. Les hexoses, par exemple, contiennent 6 carbones. Les plus connus sont le glucose contenu dans le miel et les fruits, le fructose qui comme son nom l’indique se retrouve dans les fruits et le galactose qui est obtenu comme nous le verrons plus loin par hydrolyse du lactose.

Les osides

Ce sont des glucides composés de plusieurs hexoses. Les plus simples n’en sont composés que de deux, on parle de diholosides ou de disaccharides. Les plus complexes sont appelés polyholosides.

L’hydrolyse des diholosides donne deux hexoses. Le saccharose (sucre alimentaire tiré de la betterave ou de la canne à sucre) donne du glucose et du fructose. Les mélasses, obtenues au cours de la fabrication du sucre de betterave ou de canne, bien que contenant 50% de saccharose en moins que le saccharose pur, apportent en plus des acides aminés, des vitamines et de la bétaïne. Le maltose (extrait du malt) donne quant à lui deux glucoses et le lactose (contenu dans le lait) s’hydrolyse en glucose et en galactose.

Le plus connu des polyholosides est l’amidon qui contient de quelques centaines à plus de mille molécules de glucose. Il a la particularité de n’être synthétisé que par les végétaux. Les féculents (pomme de terre, lentilles...) en sont presque exclusivement constitués.

Le glycogène est un autre exemple de polyholoside qui se trouve dans le foie, mais aussi dans les champignons et les levures. C’est une molécule 100 fois plus grosse que l’amidon.

Tableau 5 : les glucides

Hexoses

sources

glucose

miel, fruits

fructose

fruits

galactose

hydrolyse du lactose

Diholosides

sources

saccharose

betterave, canne à sucre

maltose

malt

lactose

lait

Polyholosides

sources

amidon

végétaux, féculents

glycogène

foie, champignons, levures

Les glucides dans l’alimentation

Les glucides sont rares dans le milieu aquatique et les quelques sources disponibles (chitine...) sont peu ou pas digestes. Ne les rencontrant pas dans la nature, les poissons ne présentent que peu d’aptitude à l’utilisation métabolique des sucres simples. Comparée au carassin (base 100), la carpe a une activité amylasique relative de 35. Au dessus d’un certain seuil les sucres peuvent même provoquer une certaine intolérance. Les seuls glucides susceptibles de rentrer dans la formulation d’aliments sont des glucides végétaux de structure complexe tels les amidon de céréales (blé, maïs...), de protéagineux (pois...), de tubercules. Ils doivent toutefois avoir subit un traitement hydrothermique préalable pour que leur digestibilité soit améliorée. Ainsi utilisés, les glucides peuvent concourir à l’épargne protéique.

Même si les glucides alors digérés passent dans le sang, l’utilisation métabolique peut-être faible. Le peu de rendement se constate par une hyperglycémie marquée et prolongée après un repas riche en glucide. On a longtemps cru à une absence de sécrétion d’insuline et la maladie de Sekoke de la carpe a été rapprochée du diabète insulino-dépendant. En fait des recherches récentes ont montré que la sécrétion d’insuline existait bien mais que chez les poissons l’activité des enzymes impliquées dans la glycolyse n’était que peu modulée par cette sécrétion, contrairement à ce qui se passe chez les mammifères.


Les vitamines

Les vitamines sont des substances indispensables en dose infinitésimale. Elles participent, par exemple, à l’assimilation des protéines, des graisses et des glucides lors de l’hydrolyse enzymatique. Les vitamines sont en effet très souvent les précurseurs des coenzymes indispensable à cette hydrolyse.

On distingue deux grandes familles: celles qui sont solubles dans les graisses, les vitamines liposolubles, et celles solubles dans l’eau, les vitamines hydrosolubles.

Les vitamines liposolubles

Ces vitamines se retrouvent naturellement dans les corps gras. Contrairement aux vitamines hydrosolubles, les vitamines A, D, E et K peuvent s’accumuler dans l’organisme. Aussi, ingérées en trop grande quantité (hypervitaminose), elles pourraient devenir nocives.

la vitamine A (rétinol ou axérophtol) : cette vitamine est stockée dans le foie et peut s’avérer toxique à forte dose. Elle peut être élaborée dans l’intestin de la carpe à partir de la bêta carotène aussi appelée provitamine A. La provitamine A ne présente pas en revanche de danger de surdosage. Elle se trouve dans les légumes colorés (carotte). Le Robin Red, additif réputé, en contient également beaucoup, ceci expliquant peut-être cela. Quant à la vitamine A, on la trouve dans les huiles de poisson (huile de foie de morue) et le jaune d’œuf. Cette vitamine interviendrait dans la croissance, le stockage des graisses, la protection de la peau, la vision nocturne ainsi que dans la reproduction. Elle est sensible à l’oxydation.

la vitamine D (calciférol) : prend part dans la calcification. Le rachitisme est symptomatique d’une carence en vitamine D. La vitamine D provient de la nourriture naturelle et plus particulièrement de la microfaune. On la trouve aussi dans les poissons gras, le foie et le jaune d’œuf. Cette vitamine est thermostable mais sensible à la lumière aussi convient-il de conserver les additifs et les farines dans des récipients ou emballages opaques.

la vitamine E (tocophérol) : la carence en vitamine E peut mener à une dégénérescence musculaire ou de la colonne vertébrale. Elle concoure également au métabolisme des graisses et s’affirme comme un des antioxydants les plus puissants. Son action antioxydante protège les acides gras poly insaturés, donc les membranes et les cellules. Elle est présente dans les végétaux, les germes de blé, les levures mais surtout dans les huiles d’arachide, d’olive, de maïs, de tournesol. L’huile de germe de blé est la plus riche. Elle est sensible à la chaleur et aux rayons ultraviolets.

la vitamine K (phytomenadione) : le rôle de cette vitamine est assez flou aussi bien chez les hommes que chez les poissons. Le soja, l’œuf, le foie contiennent la vitamine K.

Les vitamines hydrosolubles

Cette famille comporte les vitamines du groupe B et la vitamine C. Du fait de leur solubilité dans l’eau, ces vitamines ont tendance à s’enfuir de nos bouillettes à l’ébullition, voire avant.

Chaque vitamine de la famille B a une action qui lui est propre, mais elles agissent mieux ensemble. Les vitamines B sont essentielles dans le processus de digestion des protéines, des glucides et des lipides.

La vitamine B1 (thiamine ou aneurine) permet d’assimiler les glucides. Elle joue également un rôle dans la transmission nerveuse. On évalue le besoin à 1 mg/kg d’aliments. Chez la carpe les principaux signes de déficience sont : troubles nerveux, dépigmentation de la peau, hémorragies sous-cutanées. La vitamine B1 est photosensible et hydrosoluble. La cuisson des bouillettes en appauvrit la teneur de 40 à 80%. Cette vitamine est présente en petite quantité dans presque tous les aliments. Les légumes secs mais surtout les levures et germes de blé en sont les meilleures sources.

La vitamine B2 (riboflavine) participe au métabolisme des protéines et des lipides. Elle jouerait également un rôle dans la vision et dans la croissance. Sa carence peut entraîner une hémorragie des nageoires, une nécrose rénale ou une photophobie. Elle est thermostable mais sensible à la lumière. L’exposition à l’air libre peut faire perdre à un composant jusqu’à 85 % de sa teneur en B2. On la trouve dans les levures et germes de blé mais aussi dans le lait, le foie, la viande, les légumes verts, les œufs.

La vitamine B3 (niacine ou acide nicotinique) est aussi appelée vitamine PP. Elle intervient dans le métabolisme des glucides, protides et lipides et a avant tout un rôle de production énergétique. Un manque de vitamine B3 peut entraîner des hémorragies de la peau et des nageoires. Elle n’est que peu synthétisable à partir du tryptophane et les besoins sont évalués à 28 mg/kg d’aliment pour la carpe. On retrouve la niacine dans les levures, les légumes secs, les poissons. La niacine résiste à l’ébullition.

La vitamine B5 (acide pantothénique) interviendrait dans les phénomènes de réparation des cellules. Elle est contenue dans la plupart des aliments à des degrés divers et en grande proportion dans la levure, l’œuf, le foie... Elle résiste également à l’ébullition.

La vitamine B6 (pyridoxine) intervient dans la croissance, en agissant au niveau du métabolisme des acides aminés, mais aussi dans les échanges cellulaires et la transmission nerveuse. Sa carence entraîne des convulsions, une hyper irritabilité et une nage irrégulière. Elle est présente dans les levures, les germes de blé, le foie, le poisson, la viande et en quantité moindre dans les céréales, noix et noisettes, lait et légumes secs.

La vitamine B7 (choline) est en fait une " quasi vitamine ". Sa synthèse est possible à partir de l’éthanol amine (dérivée de la sérine) et de la méthionine (ou de bétaïne). Elle prévient la dégénérescence du foie par accumulation de triglycérides (foie gras). Les besoins sont de l’ordre d’ 1g/kg d’aliment.

La vitamine B8 (biotine ou vitamine H) intervient au niveau du métabolisme des lipides, glucides et protéines. Elle est contenue dans la plupart des aliments.

La vitamine B9 (acide folique) est essentielle dans le métabolisme des protéines mais une cuisson de quelques minutes dans l’eau bouillante en détruit 80%. Les signes de déficience observés chez certaines espèces (anémie...) n’ont toutefois pas été relevé chez la carpe. Les besoins sont en effet couverts par la synthèse de la flore intestinale. La vitamine B9 se trouve dans les levures, le germe de blé, le foie, l’œuf.

La vitamine B12 (cyanocobalamine) permet l’élaboration des globules rouges et montre des propriétés anabolisantes. Les besoins ne se chiffrant qu’en micro grammes par kilo d’aliment sont couverts par la synthèse effectuée par les micro-organismes de la flore intestinale. Presque tous les aliments d’origine animale en contiennent : foie, viande, poisson, œufs, lait...

La vitamine C (acide ascorbique) est un antioxydant, elle renforce la résistance aux infections et ralentit le processus de vieillissement. Malheureusement la vitamine C ne supporte ni la chaleur (>55°) ni la lumière et disparaît rapidement lors du stockage prolongé des aliments.

L’inositol comme la choline, est une quasi vitamine lipotrophe. La synthèse est possible, mais insuffisante dans l’intestin des carpes. Les besoins sont encore assez flous, ils sont estimés à 300 ou 400 mg/kg d’aliments.

Tableau 6: Quelques sources de vitamines

 

Vitamines

besoins de la carpe en mg par Kg

Où les trouve-t-on ?

A

10000 ui

bétacaroténoïdes, jaune d’œuf, huiles de poisson

D

2500

jaune d’œuf, huiles de poisson, foie

E

2

germes de blé, levures et huiles

K

?

œufs, soja, foie

B1

2

céréales complètes, levures

B2

10

levures, œufs, viande, foie

B3

30

levures, poissons

B5

30

la plupart des aliments

B6

6

levures, germes de blé, foie, poissons, viande

B8

1

la plupart des aliments

B9

2

levures, germes de blé, foie, œufs

B12

3

viande, foie, poissons, œufs

C

25

fruits, agrumes, persil

 
Les sels minéraux

Bien qu’ils ne soient présents qu’en quantité infime dans la matière vivante, les sels minéraux ont également un rôle fondamental au niveau métabolique et structural. Le phosphore et le calcium participent à l’élaboration de l’ossature des vertébrés et des poissons. Le fer présent dans l’hémoglobine du sang, assure le rôle de transporteur de l’oxygène indispensable à toute vie. On pourrait encore citer l’iode, le magnésium, le potassium, le zinc, et bien d’autres sels minéraux et oligo-éléments qui se trouvent souvent sous forme de trace à raison de quelques millièmes de milligramme par litre d’eau! Il semblerait que ces sels puissent être absorbés par les branchies de la carpe.

Tableau 7: minéraux ayant un rôle nutritionnel

En gras : éléments dont le besoin nutritionnel quantitatif est clairement établi chez les poissons.

Macro Minéraux

besoins

Source

Calcium (Ca)

0.3%

farine de poisson ou de viande

Phosphore (P)

0.65%

farine de poisson, caséine, levure de bière, germes de blé

Potassium (K)

 

eau

Magnésium (Mg)

0.05%

farine de poisson

Sodium (Na)

 

 

Chlore (Cl)

 

 

Soufre (S)

 

 

Fer (Fe)

150 ppm

farine de sang

Zinc (Zn)

25 ppm

 

Manganèse (Mn)

13 ppm

 

Cobalt (Co)

0.10 ppm

 

Cuivre (Cu)

3 ppm

 

Iode (I)

 

eau

Sélénium (Se)

 

farine de poisson

Fluor (F)

 

 

Nickel (Ni)

 

 

Vanadium (V)

 

 

Silicium (Si)

 

 

Etain (Sn)

 

 

Chrome (Cr)

 

 

Aluminium (Al)

 

 

 

La bétaïne

La bétaïne est véritablement sortie de la confidentialité suite à la parution d’un article de Ken Townley dans Média Carpe en mars 1997. Son efficacité en combinaison avec les acides aminés avait pourtant été évoquée depuis bien plus longtemps. Henri Limouzin (originaire des Deux-Sèvres ;-)  en parla dans la revue " la Pêche et les Poissons " dès juin… 1983.

La bétaïne est une amine obtenue par oxydation de la choline. On utilise en fait un acide conjugué (la bétaïne HCL) qui se présente sous forme de cristaux blancs ressemblant à du sucre. De par leur structure ionique, ils ont l’avantage d’être d’une grande solubilité dans l’eau (une soixantaine de grammes pour 100 g d’eau).

La méthionine et la bétaïne sont les fournisseurs du groupement méthyl qui permettent à l’organisme de synthétiser la choline. La choline est d’une importance capitale car c’est elle qui assure le transport des lipides entrant dans la composition de nombreux tissus (membrane des cellules...). Si méthionine, bétaïne ou choline viennent à manquer, les graisses s’accumulent dans le foie entraînant une dégénérescence graisseuse (ou stéatose). La bétaïne (en association avec la méthionine) est utilisée en médecine en cas d’affections du foie, d’hypercholestérolémie... En pharmacologie, elle sert aussi à synthétiser le citrate de bétaïne, médicament facilitant la digestion.

La glycine, précurseur de la bétaïne, est légèrement hypoglycémiante et peut produire une sensation de faim. Cela est-il suffisant pour expliquer son utilisation comme stimulateur d’appétit ? En tout cas, en action de pêche elle est acceptée assez rapidement par les carpes et son effet semble augmenté en association avec les acides aminés.

A titre indicatif la bétaïne est naturellement présente, en quantité variable, dans:

 

les moules (particulièrement la moule à lèvre verte), mollusques (poudre d’huître) et crustacés...

 

certaines plantes, dans la mélasse de betterave...

 

les champignons et levures

 

la laitance et les hydrolysats de poisson

Différents auteurs recommandent d’incorporer la bétaïne HCL à la fois dans le mix et en nappage (ou trempage). Pour ma part, lorsque j’utilise la bétaïne c'est en nappage sur une single bait (une bouillette à l’hameçon sans aucun amorçage). Dans une bouteille d’eau vide, je mets des bouillettes du commerce (jusqu’au ¾ de la hauteur) auxquelles j’ajoute 20 ml d’acides aminés, 5 ml de parfum et 15 ml d’eau chaude dans lesquels j’ai préalablement dilué une cuillère à café de bétaïne… des fois ça marche pas, mais des fois ça marche...   [|Eric Deboutrois]