Les êtres vivants sont classés en fonction de leurs parentés et de leurs principales caractéristiques (morphologie, anatomie...). On attribue la première classification à Aristote, il y a plus de 2300 ans. C’est le naturaliste suédois Carl Von Linné qui a fait universellement prévaloir, au milieu du XVIIIe siècle, la classification par genre et espèce dans les sciences naturelles. Pour la branche des poissons il a adopté la classification issue des recherches de Pierre Ardeti. Chaque poisson a donc un premier nom générique commençant par une majuscule et un second spécifique désignant l’espèce commençant par une minuscule : pour la carpe Cyprinus carpio.
L'origine
Les carpes sont originaires d’Asie, d’une zone allant du bassin de la Mer Noire aux provinces méridionales de la Chine. Kirpichnikov distingue quatre variétés géographiques :
variétés de carpes
Dans la classification, une espèce regroupe les individus qui se reproduisent naturellement entre eux. Les espèces sont décrites en s’appuyant sur les critères morphologiques : nombre de rayons des nageoires, nombre d’écailles le long de la ligne latérale... Pour la carpe on peut lire : D III-IV/15-22 ; A III/5-6 ; l.l. 33-40 ce qui signifie que la nageoire dorsale (D) comporte 3 ou 4 rayons durs et 15 à 22 rayons mous ou rameux, la nageoire anale (A) 3 rayons durs et 5 ou 6 mous, que le nombre d’écailles le long de la ligne latérale (l.l.) est compris dans une fourchette de 33 à 40. Cependant, même en poussant l’analyse en comptant le nombre de vertèbres (34 à 38), voire le nombre de chromosomes (49 à 52) il subsiste des variantes morphologiques au sein d’une même espèce. Pour la carpe il y a quelques 1500 variétés ou sous-espèces, souvent géographiques.
tableau 1 : exemple de variantes morphologiques (selon Kirpichnikov)
L'écaillage
On distingue quatre grands types d’écaillage. Ces variations sont génétiques. Elles résultent des combinaisons possibles de deux gènes présents sur deux chromosomes différents, S (initiale de Scaly = à écaille) et N (pour Nude = nue) .
les carpes communes (SSnn et Ssnn)
C’est l’écaillage originel de la souche sauvage, à savoir un corps entièrement recouvert d’écailles cycloïdes impeccablement alignées.
les carpes miroirs (ssnn)
En Allemagne, Bohème, Tchécoslovaquie, l’élevage, le hasard des croisements ou les sélections font apparaître une nouvelle variété appelée Cyprinus Rexcyprinorum (Bloch, 1782) puis Cyprinus carpio specularis (Lacepède, 1803). Le corps des carpes miroirs est parsemé de façon assez aléatoire de quelques dizaines d’écailles. Parfois cette disposition est plus particulière comme pour les " tartes aux pommes " (fully-scaled en anglais) au corps entièrement recouvert de grosses écailles.
les carpes linéaires (SSNn et SsNn)
Les écailles sont concentrées le long de la ligne latérale sur une, voire deux rangées. Les scientifiques, pour des raisons génétiques, en font une variété à part entière alors que les pêcheurs les classent encore souvent avec les miroirs.
les carpes cuirs (SsNn)
Les Cyprinus nudus (Bloch,1784) puis Cyprinus carpio coriaceus (Lacepède, 1803) n’ont pas d’écaille, exceptées parfois deux ou trois à la base de la dorsale ou de la caudale.
Les formes
Un paramètre retenu pour classifier les variétés de carpes est le rapport entre la longueur et la hauteur de sont corps.
Tableau 2 : classification selon WALTER
les carpes à dos plat ou large
Ce sont des variétés proches de la souche sauvage telles Cyprinus carpio carpio en Europe de l’est et Cyprinus carpio haematopterus en Asie de l’est. Les souches hongroises ou Autrichiennes Cyprinus carpio hungaricus (Heckel, 1836) ont par exemple un rapport L/H de 3.5 à 4. Cette particularité leur vaudra par la suite le nom de Cyprinus carpio elongatus (Walecki, 1863). On distingua même en Italie une forme encore plus longue au rapport supérieur à 4 : Cyprinus carpio régina (Bonaparte, 1836).
les carpes à dos élevé
Cyprinus carpio elatus (Bonaparte, 1836), à l’image de la race Aischgrund, a une tête courte suivie d’une nuque forte, bossue. La ligne du dos est arrondie et le ventre est plat à mi-arrondi. Les carpes du lac du DER en sont un exemple typique.
Tableau 3: souches et morphologie
L'histoire de la carpe remonte à la nuit des temps. Elle commence pas très loin du pays des mille et une nuits, quelque part en Asie mineure, entre les régions bordant la mer Noire et les provinces méridionales de Chine. Puis, très certainement à la période post-glaciaire lorsque les bassins des grandes rivières (Rhin, Danube, Dniepr, Volga…) se réunissent, elle se propage à l’Europe centrale. La carpe partage depuis son histoire avec celle des hommes. Elle le suit du nord de la méditerranée jusqu'au pays du soleil levant, empruntant ou laissant au passage un peu à la mythologie avant de se lancer à la conquête de l’ouest à l’ère du christianisme.
Quelle est la part du mythe et celle de la réalité? Peu importe, car c’est aussi ça la part du rêve.
On sait que les Chinois élèvent les carpes depuis longtemps. Fan Li écrit en 475 av. J.-C. que depuis 2689 avant notre ère l’élevage des carpes est associé en Chine à celui des vers à soie, les premières se nourrissant des déjections des seconds. Cette technique quelque peu modifiée à encore cours de nos jours en Chine puisque les effluents des porcheries sont directement déversés dans les étangs pour rentrer dans la chaîne alimentaire. Les techniques évoquées par Fan Li ont donc survécu au temps et correspondent à une certaine réalité scientifique. Certains autres passages sont plus difficiles à comprendre. Il conseilla par exemple la technique suivante au Roi Wei du Royaume de Qi : au mois de février empoissonner un étang comportant 9 îles et 8 vallées (????) avec 20 carpes pleines d’œufs et 4 mâles, au mois d’avril introduire une tortue (????), deux au mois de juin et enfin 3 en août… Pourquoi des tortues ? Fan Li raconte que lorsqu’il y a 360 poissons dans l’étang le dragon vient les chercher, mais que s’il y a des tortues, ils ne s’envoleront pas. Un conseil tout de même à ceux qui comprendraient de travers et qui seraient aussi tentés d’introduire des tortues : vérifiez avant de quel côté est la tête…
Un autre mythe est né dans la vallée du fleuve Jaune (Huang he), berceau de la civilisation Chinoise. Les carpes, seuls poissons capables d’en remonter les chutes symbolisaient force et puissance. La légende raconte que les plus puissantes, celles qui arrivaient effectivement à remonter les cascades du fleuve tumultueux, se transformaient alors en dragon. A ce titre le grand philosophe chinois Confucius (v.555-v.479 av. J.-C.) reçu à la naissance de son fils, une carpe en cadeau du roi Shoko de Ro. L'origine du nom que Confucius aurait donné à son fils (K'ung Li) viendrait de là…
Les koïs (" carpes " en japonais) descendent de cette variété de carpe commune noire élevée en Chine et en Asie orientale bien avant le début de notre ère par Fan Li : la carpe Magoï. Différents ouvrages sur les koïs s’accordent à dire que le premier écrit à relater des variations grises et rouges serait le traité chinois " Yogyokyo ". Là où les avis divergent c’est que les uns le date de 533 avant J.-C. et les autres de 533 après J.-C.. Ce qui est plus sûr c’est que la carpe Magoï arrivera au Japon avec les invasions chinoises (vers 200 avant J.-C.). Etre propriétaire de koï restera longtemps l’apanage de la noblesse japonaise, le peuple se contentant tout bonnement de la grande majorité moins colorée… comme complément du riz. On retrouve en effet trace de l’élevage des carpes au XVIIe siècle dans le petit village de Yamakoshi go proche de Niigata sur la côte nord ouest d’Honshu. Les premières véritables mutations chromatiques rouge, blanche et jaune clair dateraient en fait du début du XIXe siècle alors que les croisements avec des carpes miroirs (apparue en Europe centrale vers la fin du XVIIIe siècle) donnent de nouvelles variétés vers 1910. Il existe actuellement 13 familles et plus de 100 variétés de colorations codifiées.
La peau
La peau de la carpe est formée de deux couches: l’épiderme (couche superficielle) et le derme (couche profonde).
L’épiderme contient les glandes génératrices de mucus. Ce lubrifiant favorise l’hydrodynamisme tout en isolant le poisson de l’eau et de ses agents infectieux. Il convient par conséquent de protéger au maximum ce mucus lors des manipulations, tout simplement en mouillant le tapis de réception par exemple et en arrosant le poisson plutôt que l’essuyer. L’épiderme recèle également les neuromastes, sorte de récepteurs sensoriels dont nous reparlerons par ailleurs.
Le derme, renferme les nerfs et les vaisseaux sanguins. Les écailles cycloïdes des carpes résultent d’une ossification du derme sous-jacent ou corion. Une très mince assise d’os repose sur une sorte de "contreplaqué" fait de fibrilles de collagène. Ces écailles, fines et souples, se chevauchent d’avant en arrière comme des tuiles (écaille vient d'ailleurs du germanique "skalja" : tuile). Elles grandissent en fonction de la nourriture disponible au rythme des saisons. Leur étude, la scalimétrie, permet d’estimer l’âge des poissons. Les cernes sombres (ou circuli) correspondent à une stabilité ou une perte de poids généralement due à une période froide (hivers) et les plus claires à un gain de poids (l’été). Une écaille sans strie, plus claire, masque une blessure passée, la perte d’une écaille qu’il a fallu remplacer au plus tôt. Sachant que certains poissons ne grossissent pas pendant plusieurs années, la scalimétrie peut parfois sous estimer l’âge des poissons étudiés. Citons l'exemple de la célèbre " Clarissa ", commune de 20kg prise par Richard Walker en 1952, issue d’un peuplement en 1932 et morte au zoo de Londres en 1971 (donc à 39 ans). L’étude scalimétrique menée post mortem ne lui donnera que 14 ans ! En fait son poids avait chuté durant sa captivité de 20 à 11.700 kg, ce qui ne pouvait pas être lu sur ses écailles. Même si on pense que la longévité maximale peut atteindre 70 voire 80 ans ("Raspberry" avec ses 69 ans en 2001 était la plus vieille carpe connue de Grande Bretagne), une carpe de vingt ou trente ans n’en reste pas moins une vieille carpe qu’il convient de manipuler avec d’autant plus de précautions.
L'histoire de la carpe remonte à la nuit des temps. Elle commence pas très loin du pays des mille et une nuits, quelque part en Asie mineure, entre les régions bordant la mer Noire et les provinces méridionales de Chine. Puis, très certainement à la période post-glaciaire lorsque les bassins des grandes rivières (Rhin, Danube, Dniepr, Volga…) se réunissent, elle se propage à l’Europe centrale. La carpe partage depuis son histoire avec celle des hommes. Elle le suit du nord de la méditerranée jusqu'au pays du soleil levant, empruntant ou laissant au passage un peu à la mythologie avant de se lancer à la conquête de l’ouest à l’ère du christianisme.
Quelle est la part du mythe et celle de la réalité? Peu importe, car c’est aussi ça la part du rêve.
On sait que les Chinois élèvent les carpes depuis longtemps. Fan Li écrit en 475 av. J.-C. que depuis 2689 avant notre ère l’élevage des carpes est associé en Chine à celui des vers à soie, les premières se nourrissant des déjections des seconds. Cette technique quelque peu modifiée à encore cours de nos jours en Chine puisque les effluents des porcheries sont directement déversés dans les étangs pour rentrer dans la chaîne alimentaire. Les techniques évoquées par Fan Li ont donc survécu au temps et correspondent à une certaine réalité scientifique. Certains autres passages sont plus difficiles à comprendre. Il conseilla par exemple la technique suivante au Roi Wei du Royaume de Qi : au mois de février empoissonner un étang comportant 9 îles et 8 vallées (????) avec 20 carpes pleines d’œufs et 4 mâles, au mois d’avril introduire une tortue (????), deux au mois de juin et enfin 3 en août… Pourquoi des tortues ? Fan Li raconte que lorsqu’il y a 360 poissons dans l’étang le dragon vient les chercher, mais que s’il y a des tortues, ils ne s’envoleront pas. Un conseil tout de même à ceux qui comprendraient de travers et qui seraient aussi tentés d’introduire des tortues : vérifiez avant de quel côté est la tête…
Un autre mythe est né dans la vallée du fleuve Jaune (Huang he), berceau de la civilisation Chinoise. Les carpes, seuls poissons capables d’en remonter les chutes symbolisaient force et puissance. La légende raconte que les plus puissantes, celles qui arrivaient effectivement à remonter les cascades du fleuve tumultueux, se transformaient alors en dragon. A ce titre le grand philosophe chinois Confucius (v.555-v.479 av. J.-C.) reçu à la naissance de son fils, une carpe en cadeau du roi Shoko de Ro. L'origine du nom que Confucius aurait donné à son fils (K'ung Li) viendrait de là…
Les koïs (" carpes " en japonais) descendent de cette variété de carpe commune noire élevée en Chine et en Asie orientale bien avant le début de notre ère par Fan Li : la carpe Magoï. Différents ouvrages sur les koïs s’accordent à dire que le premier écrit à relater des variations grises et rouges serait le traité chinois " Yogyokyo ". Là où les avis divergent c’est que les uns le date de 533 avant J.-C. et les autres de 533 après J.-C.. Ce qui est plus sûr c’est que la carpe Magoï arrivera au Japon avec les invasions chinoises (vers 200 avant J.-C.). Etre propriétaire de koï restera longtemps l’apanage de la noblesse japonaise, le peuple se contentant tout bonnement de la grande majorité moins colorée… comme complément du riz. On retrouve en effet trace de l’élevage des carpes au XVIIe siècle dans le petit village de Yamakoshi go proche de Niigata sur la côte nord ouest d’Honshu. Les premières véritables mutations chromatiques rouge, blanche et jaune clair dateraient en fait du début du XIXe siècle alors que les croisements avec des carpes miroirs (apparue en Europe centrale vers la fin du XVIIIe siècle) donnent de nouvelles variétés vers 1910. Il existe actuellement 13 familles et plus de 100 variétés de colorations codifiées.
La coloration des poissons
Les carpes les plus colorées sont sans aucun doute les koïs, lointaines descendantes japonaises de carpes communes, obtenues à force de croisements et de sélections rigoureuses. Les mêmes pigments (jaunes, rouges, oranges, noirs ou blancs) sont contenus dans les chromatophores du derme des autres carpes. Les robes à dominante jaune-orangé sont dues à des pigments de nature caroténoïde d’origine alimentaire (xanthophores et érythrophores). Les peaux brunes, les plus courantes, contiennent de la mélanine (mélanophores) tandis que les peaux blanches ou argentées sont riches en cristaux de guanine (guanophores). Les carpes vivant sur des fonds sombres ont la partie dorsale plutôt brune et la partie ventrale claire. La teinte d’un même individu peut néanmoins varier (pour des raisons diverses et variées liées à la température par exemple) suite à la dispersion ou à la concentration de ces pigments dans les chromatophores et principalement dans les mélanophores.
Les muscles
La masse musculaire du poisson est liée au bilan azoté du régime alimentaire. Elle représente plus de 60% du poids corporel. Le muscle puise son énergie dans ses propres réserves de glycogène. Schématiquement, si l’apport fourni par le milieu (benthos, zooplancton, nourriture artificielle etc.) est juste suffisant pour satisfaire les besoins métaboliques, il n’y a ni perte ni prise de poids. Si l’apport est excédentaire il y a augmentation de la masse musculaire, dans le cas contraire il y a amaigrissement.
Le squelette
La carpe possède, comme quelques 20 750 autres espèces de poissons, un squelette dit osseux par opposition au squelette cartilagineux des lamproies, esturgeons, raies et autres requins.
1- crâne ; 2 - premières vertèbres soudées entre elles - osselets de Weber ; 3 - corps des vertèbres formant la colonne ; 4 - éléments de soutien (ptérygophores) de la dorsale ; 5 - rayon dur denté de la dorsale ; 6, 8 - apophyses supérieure et inférieure des vertèbres ; 7 - nageoire caudale ; 9 - nageoire anale ; 10 - côtes ; 11- os soutenant les pelviennes ; 12 - os soutenant les pectorales ; 13 - opercules. (source "Poissons" aux éditions Gründ)
La carpe possède donc sept nageoires : une dorsale , deux pectorales reliées à la base du crâne, deux pelviennes en région ventrale, une anale et une caudale de forme homocerque (deux lobes assez symétriques). De toutes, c’est essentiellement la caudale qui assume la fonction locomotrice. Les pectorales servent à freiner et à changer de direction voire à reculer. Les ventrales, la dorsale et l’anale concourent à maintenir l’équilibre vertical.
L'arrêt du développement des os du crâne est à l'origine de la malformation des carpes mopses.
La vessie natatoire
C’est une évagination, une protubérance du tube digestif (avec lequel elle reste liée chez les Cyprinidés). Elle joue un peu le même rôle que les ballasts des sous-marins en réglant la profondeur d’immersion en fonction du volume de gaz contenu. Les carpes possèdent l’équivalent de deux vessies natatoires. Celles des carpes proches de la souche sauvages sont de taille identique. Chez les autres la première vessie natatoire, située le plus près de l’œsophage, est deux à trois fois plus petite que la deuxième.
LE SYSTEME RESPIRATOIRE
Chez la majorité des poissons les branchies constituent l’organe de la respiration. La carpe avec ses huit branchies n’échappe pas à cette règle. Chacune est supportée par un os solide : l’arc branchial. Cet arc est affublé d’aspérités appelées branchiospines. Les branchiospines sont disposées en forme de peignes sur deux rangs, un interne, un externe, s’interpénétrant avec les branchiospines des arcs voisins. Un tel tamis sert à filtrer l’eau de ses impuretés protégeant ainsi les lamelles respiratoires. Les lamelles font passer l’oxygène dissout de l’eau vers le sang de ses vaisseaux capillaires et inversement rejettent le gaz carbonique et l’essentiel des déchets azotés sous forme d’ammoniac (5 à 10 fois plus que par les reins).
Le mécanisme de circulation de l’eau est on ne peut plus simple. Une fois la bouche ouverte, le plancher buccal s’affaisse et la cavité s’emplit d’eau. La bouche se referme, puis le plancher en se soulevant refoule l’eau vers les branchies. L’eau s’échappe enfin par les opercules (ouïes) et un nouveau cycle reprend.
La bouche
La présence d’un petit os (le kinéthmoïde) permet à la bouche de la carpe d’être protractile : ses lèvres avancent ce qui lui permet de ramasser, voire tester, les plus gros aliments. Pour les particules plus fines elle aspire un volume d’eau puis fait le tri en recrachant les composants indésirables (sable, gravier...). Elle peut aussi "peigner " l’eau avec ses branchiospines et en extraire les grandes formes de zooplancton (2 mm et plus).
En fonction de leur environnement (fonds et sources de nourriture disponibles), les carpes pourront avoir soit des lèvres très dures, soit au contraire des bouches moins charnues et plus fragiles. Cette particularité mérite d’être prise en compte dans le choix des hameçons, dans le poids des montages auto ferrant, et dans la tactique de combat entre autre ; dans un cas ce sera pour bien piquer dans les lèvres dures et dans l’autre pour éviter de décrocher (pour ne pas dire déchirer) des lèvres fragiles.
Les dents de la mémère
Si ses mâchoires sont édentées, la carpe possède en revanche au fond de la bouche, au niveau du pharynx, des dents formées par les os supportant les branchies.
Les communes et les miroirs ont trois rangées de dents. Le nombre de dents par rangée sur chaque os est généralement de 1-1-3 et plus rarement de 1-2-3. Les cuirs et les linéaires peuvent ne posséder que deux, voire une seule rangée de dents. Ces dents pharyngiennes ressemblent à des molaires et permettent de broyer les aliments les plus durs contre une lame cornée appelée "meule" ou "plaque masticatrice" placée en face vers le haut. A titre de comparaison, et pour relativiser la dureté d’un appât, une mâchoire humaine est sept fois moins puissante (une dizaine de kilo au cm2).
L'intestin
Aussi étonnant que cela puisse sembler, la carpe n’a pas morphologiquement parlant d’estomac, tout au plus un renflement appelé "bulbe". Tout son système digestif repose donc sur le travail d’un long intestin qui mesure de deux à trois fois la longueur du corps. De la bouche l’œsophage plonge donc tout droit dans l’intestin où se poursuit le voyage de votre boilie mastiquée en bouillie grossière. Les aliments sont d’abord attaqués par les enzymes pancréatiques dont le rôle est de recouper cette bouillie de macromolécules en fragments plus petits encore. Les enzymes intestinales prennent le relais en hydrolysant ces fragments de macromolécules, c’est à dire les dipeptides en acides aminés et en peptides (2 à 4 résidus), les disaccharides (maltose principalement) en glucose directement absorbable. Ces fines molécules peuvent alors passer à travers la paroi de l’intestin et se retrouver dans le sang à destination du foie. Les éléments nutritifs seront distribués à tout l’organisme. Quant aux éléments non assimilés restés dans l’intestin, ils se retrouveront au fond de l’eau... ou de votre sac de conservation. La durée de la digestion est très variable, elle peut durer selon l’aliment et la température de l’eau de 2h à 12h à 20°c voire même 48 heures à 15° et 62 heures à 10°.
Le foie
Sous le vocable de foie nous regrouperons les tissus hépatiques (foie) et pancréatiques (pancréas) très liés chez la carpe.
Placé sur le trajet du sang provenant de l’intestin, le foie commande tout l’apport alimentaire des organes. Il doit délivrer un courant incessant d’énergie sous forme de glucose. Pour cela il métabolise, préférentiellement à partir d’acides aminés, du glycogène. Le glycogène constitue des réserves contenant jusqu’à 30 mille unités de glucose ! Le foie assure la synthèse des acides gras ainsi que le stockage des vitamines et des minéraux. Il joue un rôle important de détoxication (grâce à la bile) en éliminant beaucoup de déchets inutiles voire nuisibles.
Sous l’action du tissu pancréatique différentes enzymes (trypsine, chymotrypsine, lipase et à un degré moindre amylase) sont déversées en amont du bulbe, via un petit tuyau : le canal cholédoque. Ces enzymes sont d’autant plus efficaces que la température et le pH augmentent. L’activité optimum des enzymes tourne autour d’un pH de 8, ceci expliquant peut-être (en partie du moins) la présence de gros poissons dans les eaux basiques. De toute façon, dans tous les cas le foie contribue à l’augmentation du pH en déversant sa bile dans l’intestin.
Les reins
Les poissons osseux sont ammoniotèles, c’est à dire qu’ils éliminent l’azote sous forme d’ammoniaque (NH4+) et ce via les branchies (5 à 10 fois plus que par les reins). L’élimination des déchets métaboliques se fait au niveau des branchies (25%) ainsi que des organes excréteurs sensu stricto (75%). Un rein primitif (mésonéphros) est situé sous la colonne vertébrale, les déchets sont éliminés par l’uretère directement à l’extérieur (les carpes n’ont donc pas de vessie).
< Le système sanguin
Le ventricule du cœur envoie le sang vers les branchies situées à proximité immédiate. Ainsi oxygéné et débarrassé du gaz carbonique, le sang est récupéré par l’aorte commune puis redistribué par des ramifications dans tout l’organisme. La tête est vascularisée de façon autonome par les carotides. En plus de ce rôle de transporteur d’oxygène, il livre également les différents éléments nutritifs aux organes avant de les débarrasser de leurs déchets. Le sang est à son tour épuré par les reins grâce à un enchevêtrement de vaisseaux capillaires et de petits canaux urinaires. Les reins se trouvent en partie dorsale. Le sang retourne à l’oreillette du cœur par le système veineux.
< reproduction et croissance >
Dans les régions tempérées les carpes sont matures entre deux et quatre ans.
L'ovogenèse
L’ovogenèse est directement et doublement liée à la température. Elle nécessite d’une part 1000 degrés jours pour la "fabrication" des œufs. D’autre part la température doit être stabilisée sur plusieurs jours à une vingtaine de degrés pour la maturation finale des œufs (110 degrés jours). Même si ces deux conditions peuvent être réunies en mars dans certaines régions, elles le sont plus fréquemment en mai-juin et peuvent parfois le rester plus longtemps occasionnant alors une deuxième voire une troisième fraye.
Les femelles produisent entre 100 000 et 250 000 œufs par kilo. Il arrive que tous les œufs, même matures, ne soient pas émis lors du frai. En règle générale cela a peu de conséquence et le reliquat est résorbé. Plus rarement il constitue un bouchon qui bloque toute nouvelle ponte. La prise de poids qui s’en suit est importante et peut atteindre 50% de la masse corporelle. Cette masse d’œufs peut s’avérer dangereuse voire mortelle pour la carpe. Soit l’intestin est compressé et le poisson meurt d’inanition, soit le ventre finit par éclater. Le fait que les œufs compriment l’intestin, même en situation normale, peut contribuer à expliquer le manque d’appétit de ces dames à l’approche du frai... et leur fringale après !
La spermatogenèse
Les spermatozoïdes sont formés dès l’automne et s’accumulent dans les deux lobules testiculaires jusqu’à la saison de la reproduction, voire plus. Appuyer (gentiment) sur l’abdomen d’une carpe peut donc se révéler comme un moyen de sexage quelle que soit la période.
La croissance
La croissance des carpes est variable selon la variété, le sujet et son environnement.
Au bout de trois à sept jours les alevins éclosent. A 3 ans leur poids oscille autour du kilogramme. La prise de poids annuelle varie, pour un sujet adulte, en fonction du milieu. Dans la nature c’est plutôt de l’ordre d’un demi kilo par an alors qu’en pisciculture les carpes peuvent prendre plus d’un kilo par an.
Le poids maximum tourne autour de la quarantaine de kilo: 37 kg pour la carpe prise par Marcel Rouvière dans l’Yonne en 1981, 37.3 kg pour celle prise en Roumanie par Christian Baldemair en 1998. Des poissons plus lourds encore auraient été pris : 38 kg en Hongrie en 1947, 40 kg à Calcutta en 1944, 40.5 kg en Bulgarie en 1987, 44 kg au filet en Bosnie…
le système nerveux
La plupart des comportements de la carpe sont des actes réflexes élémentaires, innés, ou des tropismes. D’autres comportements sont acquis par l’expérience à force d'actes répétitifs. Le cerveau de la carpe est loin d’être sur développé et si certains parlent d’intelligence, il semblerait plutôt que les carpes réagissent par mémoire associative, aussi bien en terme de bien être ou de mal être, de positif ou de négatif.
Le système nerveux est composé du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs.
Dans le cerveau antérieur ou télencéphale, se situent les lobes olfacto-gustatifs. Il porte la première paire de nerfs céphaliques, les nerfs olfactifs.
La section suivante est le diencéphale, siège du goût et de l’équilibre interne. Il est relié par l’hypophyse au système endocrinien.
Le cerveau moyen (ou mésencéphale) est constitué des lobes optiques reliés à la rétine et de plusieurs couches de neurones siège de la coordination.
Le cerveau postérieur est pour l’essentiel constitué du cervelet. Son rôle est principalement moteur (posture et locomotion). Il communique avec la moelle épinière.
La moelle épinière parcourt toute la longueur du corps. Elle véhicule les ordres moteurs et les informations sensorielles. C’est également le centre des réflexes.
Du cerveau et de la moelle épinière partent donc tous les nerfs.
Suivant les espèces, certains sens sont plus ou moins développés ce qui se caractérise au niveau du bulbe par des excroissances des régions sensorielles concernées. Chez les Cyprinidés, le bulbe comporte trois lobes correspondant à une sensibilité gustative très développée.
Le sens olfacto-gustatif
Les quatre barbillons de la carpe, une paire à la commissure des lèvres et une autre (plus longue) au-dessus de la bouche, sont destinés à faciliter la recherche et l’analyse des aliments. Ce sont, par analogie, des papilles gustatives. Les deux grands barbillons contiennent près de 8000 terminaisons nerveuses et les deux petits 3000. D’autres récepteurs sont situés sur les lèvres, les pores de la tête ainsi que dans la bouche et le pharynx. Enfin, deux membranes guident l’eau dans les cavités olfactives situées juste au-dessous des yeux.
La carpe baignant constamment dans les substances dissoutes transportées par l’eau peut donc ainsi en apprécier la sapidité (sucré, salé, acide et amer). Elle pourrait ainsi détecter le calcium dissout lors de la mue d’une écrevisse, elle est également sensible aux acides aminés libérés dans l’eau, au sel (180 fois plus que nous), au sucre (500 fois plus). Il est donc nullement utile, voire même déconseillé, de sur doser les additifs entrant dans les recettes de bouillettes d’une part et d’autre part de se fier à son nez pour choisir un parfum (ça sent quoi le sucre ?).
Elle semble également sensible aux variations de la pression atmosphérique. Les chutes de pression annoncent et déclenchent, été comme hivers, des phases d’alimentation. De même des hautes pressions persistantes en période hivernale peuvent annoncer des périodes de gel et déclencher l’appétit des poissons, alors qu’en été un scénario identique est signe de chaleur, d’absence de vent donc d’eau peu oxygénée et de carpes au métabolisme réduit moins portées sur la nourriture.
L'ouïe et l'équilibre
L’oreille est un outil stato-accoustique : c’est à dire qu’elle sert à se situer dans l’espace et à " entendre ".
La partie supérieure sert au poisson à trouver son équilibre. De l’utricule partent trois canaux semi-circulaires perpendiculaires. Les extrémités des canaux s’élargissent et forment des sortes de "contacteurs à bille ". Les billes bougent sur des cellules sensorielles qui, reliées aux nerfs et au cerveau, indiquent au poisson sa position dans l’espace.
L’ouïe est servie par la partie ventrale de l’oreille (le saccule et la lagena). Les carpes perçoivent les sons entre 20 et 6000 Hz. Leur oreille "entend " aussi les vibrations du sol retransmises par l’eau. Les carpes (mais aussi les silures) ont la particularité de disposer d’une chaîne d’osselets, formée à partir des 4 et 5 premières vertèbres (dits osselets de Weber), qui relie la vessie natatoire antérieure au labyrinthe (extrémité de l’oreille). Les ondes ainsi captées par la vessie sont retransmises amplifiées une centaine de fois à l’oreille. On comprend peut-être mieux ainsi l’impact du clonck sur un silure ou celui d’une portière qui claque, sur un troupeau de carpe !
La carpe perçoit aussi via sa ligne latérale et sa vessie natatoire les variations de pression infimes. Les neuromastes de la ligne latérale participent à la perception des ondes et des moindres mouvements d ’eau. La carpe dispose en quelque sorte d’un "radar" très performant qui lui permet de ressentir son environnement, donc de s’y positionner. Elle peut par conséquent trouver son chemin dans le noir le plus obscure, voire sa pitance pour peu que celle-ci soit en mouvement.
Elle semble également sensible aux variations de la pression atmosphérique. Les chutes de pression annoncent et déclenchent, été comme hivers, des phases d’alimentation. De même des hautes pressions persistantes en période hivernale peuvent annoncer des périodes de gel et déclencher l’appétit des poissons, alors qu’en été un scénario identique est signe de chaleur, d’absence de vent donc d’eau peu oxygénée et de carpes au métabolisme réduit moins portées sur la nourriture.
La vue
Le cristallin de l’œil sert à faire converger les rayons lumineux d’un objet sur la rétine. Chez l’homme le cristallin peut se déformer pour accommoder l’image de 15cm à 60m. Chez la carpe le cristallin à la forme d’une bille indéformable. Certains auteurs ont dit la carpe myope (mauvaise vision de loin due à une image formée devant la rétine) alors qu’elle serait plutôt hypermétrope (mauvaise vision de près avec une image formée derrière la rétine). Elle pourrait en fait voir à une dizaine de mètres si l’eau était suffisamment limpide. Le cristallin sphérique qui fait saillie permet à la carpe d’avoir un champ de vision d’environ 180° par œil. Ces deux champs visuels se recoupant, elle a une vision en relief sur 20 ou 30° devant elle. Son œil est motorisé par trois paires de muscles. Lorsqu’elle regarde vers le haut elle voit dans un cône d’environ 50° de part et d’autre de la verticale.
Les cellules photosensibles de la rétine (cônes et bâtonnets) transforment ensuite les grains de lumière en influx nerveux. C’est finalement le cerveau (Tectum opticum) qui traite cette information, qui décode et construit l’image.
La forme du cristallin permet aussi de capter le maximum de lumière et si la vision des carpes semble bien adaptée aux faibles luminosités, elles n’ont cependant pas comme nous la possibilité de s’adapter à l’intensité lumineuse en jouant avec l’ouverture des pupilles. Une trop forte luminosité, ou une trop longue exposition peut fatiguer les cellules visuelles. Ceci expliquant peut-être cela, mieux vaut limiter au minimum indispensable l’usage de la lampe frontale pour faciliter la mise à l’épuisette. De même, le simple fait de cacher les yeux d’une prise limite les soubresauts dangereux sur le matelas de réception. Dans une semi-obscurité les bâtonnets, surtout sensibles à la lumière bleu-vert, sont les seuls à pouvoir fonctionner et alors qu’il devient très difficile voire impossible de différencier les couleurs, les variations de luminosité sont encore décelables.
Tout comme la lumière, les couleurs diminuent donc avec la profondeur (en fonction de la turbidité de l’eau). Ainsi le rouge faiblit vers 4 m pour devenir marron vers 7 m, le jaune devient verdâtre au-delà de 10 m et le vert vire au bleu, seule couleur qui subsiste à 60 m, c’est du moins la perception que nous en avons. Aussi, même si les carpes peuvent avoir une vision différente de la notre, la présence de cônes au niveau de leur rétine laissent à penser qu’elles peuvent voir en couleur (bleu violet, vert, rouge). Certains prétendent qu’elles verraient aussi dans l’infra rouge. Diverses expériences (faites par Hewit, Dimentman et Karas en 1972, et Yakimenko en 1975) sont venues affirmer qu’elles distinguaient bien les couleurs et leurs nuances (opposition clair foncé), et qu’elles pouvaient même les associer à un événement heureux ou malheureux.
Suivant le contexte il est donc envisageable de susciter l’extrême curiosité des carpes en proposant un appât contrastant totalement avec le fond. Pêcher selon ce principe avec une bouillette fortement colorée (jaune ou blanc), qui plus est décollée, peut s’avérer productif. A l’inverse, on peut espérer déjouer leur méfiance en proposant une bouillette à la couleur moins tapageuse (vert, marron voire carrément noir).